Il y a cent ans dans le diocèse d’Avignon - Janvier 1917

2 janvier 2017

Novembre 1916 : prier pour nos défunts.

Le mois de novembre est évidemment marqué par la prière pour les défunts, et combien plus en temps de guerre, cette prière se fait fervente et douloureuse. Le Comité de l’œuvre des Orphelins de Guerre a souhaité qu’une messe soit célébrée pour les soldats du diocèse tombés au champ d’honneur.
Ainsi, le 2 novembre, ce service funèbre était célébré en l’archibasilique métropolitaine de Notre-Dame-des-Doms, « la grand’messe fut chantée par le Petit-Séminaire et par la Schola des Dames Noëlistes, collaboratrices zélées des œuvres de guerre ». La chronique diocésaine précise qu’il y avait « parmi les assistants, bien des voiles de deuil, voiles de mères, d’épouses ou d’enfants ».
Avant de présider l’absoute assisté de ses vicaires généraux, Mgr l’Archevêque adressa quelques mots et « voulut faire entendre la voix de la consolation chrétienne ». Ne négligeant ni les questions, ni le doutes, faisant droit aux pleurs et aux prières, l’archevêque veut encourager à l’espérance : « Quoi qu’il en soit de la fin diverse des héroïques et chers disparus, à l’heure qu’il est, n’en doutons pas, tous nous font entendre, à travers les forêts de leurs croix blanches, des leçons d’une solennelle et pénétrante gravité… la vanité des choses du temps et l’importance des choses éternelles, la servitudes dégradante des passions et l’idéale grandeur de la vertu, l’honneur de servir loyalement sa patrie et la joie d’être fidèles à son Dieu, tout ce qui est juste, bon, généreux : voilà ce qu’ils nous crient, en quelque sorte, du fond de leurs tombeaux de gloire, en nous disant : regardez la croix »

Décembre 1916 : aux prêtres et soldats mobilisés.

La dernière livraison du bulletin religieux de l’année, donne le texte adressé par l’archevêque aux prêtres et soldats mobilisés.
Les contacts avec les prêtres et soldats mobilisés sont relativement fréquents. Il y a bien sûr la correspondance « c’est des quatre coins de l’Europe, peut-on dire, que nous arrivent les nouvelles de nos confrères. Ceux qui ont quitté la France trouvent l’exil plus dur que toutes les autres souffrances,…la Grèce enchanteresse de nos jeunes ans perd son charme quand on la visite en soldat ou en ambulancier. ».

Les permissions sont aussi une occasion de prendre et donner des nouvelles « Quelques-uns de nos confrères sont venus dans leur paroisse passer leurs six jours de permission. Ce n’est pas toujours, ce n’est même pas ordinairement le repos qui les y attend, mais un surcroit de fatigue occasionné par les mille détails où l’on veut remettre de l’ordre et qui accaparent ces six jours comme par enchantement. Mais au moins, on a repris contact avec la vie d’autrefois, celle d’avant la guerre qui paraît si lointaine, et que l’on goûte mieux parce qu’on en est privé ». C’est ainsi que les séminaristes MM. Roux et Dutertre ont donné de leurs nouvelles. M. Jules Avril, quant à lui, est passé quelques jours à Avignon, pour rejoindre l’Orient et le front de Salonique.

Dans la lettre qu’il leur adresse, Monseigneur l’Archevêque souligne la valeur de leur engagement : « j’ai pu admirer le courage et la belle humeur dont vous aviez été animés dans les divers services où vous aviez été engagés. La France pourra toujours compter sur vous, sur votre loyauté et votre vaillance. » Mais il note aussi combien non seulement ces prêtres manquent aux paroisses et aux âmes, mais aussi, combien cet apostolat manque aux clercs mobilisés « Patience mes bons amis ; et ne doutez pas que vos labeurs et vos peines, autant que vos vertus et vos prières, ne soient à la fois profitables à la France et utiles à l’Eglise. Ne séparez jamais ces deux causes dans les sacrifices que vous impose votre vie de chaque jour. » et avant de conclure en les bénissant, il leur dit « un prêtre aux armées est un héros, un apôtre et une victime. Je m’assure, mes chers amis, que vous faites honneur à cette triple qualité de prêtre français ».

Janvier 1917 : Oh ! quand viendra l’heure où… nous acclamerons Dieu dans l’hymne de la Victoire

Ces mots sont tirés du discours des vœux adressés par M. le Doyen du Chapître métropolitain à l’archevêque d’Avignon. Après avoir porté un regard sur l’année écoulée, ses épreuves et ses joies, M. le chanoine Mellet, doyen du Chapître adresse ses vœux au nom de tout le clergé. En quelques mots, il résume ce que peut être l’état d’esprit de la population éprouvée, fatiguée même par ces combats : une année nouvelle commence, alors que la précédente s’est achevée dans les larmes ; l’espoir de la paix se fait à la fois plus fervent et plus grand, tout en semblant tellement lointain ; rien n’est comme avant, et cependant la vie reprend et continue.
Les mobilisés donnent de leurs nouvelles, beaucoup partent pour l’Orient, et l’un d’eux écrit à ce propos :
On a dit : c’est fini, l’on part à Salonique !
Et partout aussitôt les dires vont leur train.
Ici l’on s’épouvante, on craint le sous-marin,
La mine, la tempête, et … l’embarras gastrique.

Tous les maux sont compris sous ce nom fatidique,
Mais chez les cœurs bien nés, le plus cuisant chagrin,
C’est encore l’exile : oh ! oui, sachez-le bien,
Rien ne nous sourit moins que les rives d’Altique

Le mois de janvier voit aussi le départ de deux prêtres de valeur : Monsieur le chanoine Faury, archiprêtre de Saint-Agricol et Monsieur le chanoine Grimaud. M. FAury, originaire d’Aubignan, fut formé à Saint-Sulpice. Après avoir été professeur au Petit-Séminaire, il devint vicaire à Saint-Siffrein, puis, pour la Guerre de 1870, s’engage comme aumônier militaire. A son retour, il devient quelques temps supérieur du Petit-Séminaire de Brignoles. Il revint à Avignon après le décès de Mgr de Terris en 1884. Nommé à Joncquières, puis Courthezon, il devint archiprêtre de Saint-Agricol en 1892. Il est décédé le 14 janvier 1917, après s’être dépensé de toutes manières pour sa paroisse.
Monsieur le chanoine Auguste Grimaud est né à Monteux en 1837 et ordonné prêtre en 1861. D’abord professeur à Sainte-Garde, puis successivement vicaire à L’Isle et Saint-Agricol, il fut ensuite nommé curé d’Entraigues, puis de Sorgues. Il fut distingué du titre de chanoine honoraire en 1885. Il est décédé le 21 janvier 1917, à Monteux, où il était retiré. « Que de bonté, que de charme, que de traits d’esprit ce nom n’évoque-t-il pas pour ceux qui l’ont connu ! Il était et demeurera si populaire, si vénéré dans la Provence toute entière ». Sa chronique ajoute encore « membre de l’Académie de Vaucluse, M. Grimaud se fit une grande réputation en Provence et dans le Comtat par le très vif succès de ses prédications provençales inaugurées par lui dans la plupart des importantes paroisses du diocèse d’Avignon »

Abbé Bruno Gerthoux
Archiviste diocésain